Que le temps passe vite! Le printemps est donc arrivé avec son lot de poussières de pollen qui impactent bon nombre de chante.heureux.ses, dont moi. Alors on fait avec, le tout étant de ne pas développer d’infection et d’accepter l’inconfort.
En parlant d’inconfort… on ne peut faire l’économie de l’inconfort lorsque l’on s’engage dans un apprentissage, quel que soit le domaine. Je parle bien entendu de l’inconfort émotionnel, mental et sensitif.
Et lorsque l’on sait que notre voix répond directement à notre état émotionnel, on serait tenté, spécialement en public, par exemple à la prochaine Singers’ Jam, d’empêcher, ignorer, réprimer, contrôler ces inconforts, sauf que c’est un mauvais réflexe!
Ce que l’entraînement à l’acceptation et engagement (ACT) propose, c’est d’accueillir, accepter, et même de jouer de notre inconfort, qui n’est autre que, dans le cas de la scène, de l’anxiété de performance, à plus ou moins grande amplitude!
1) ACCEPTER ET ACCUEILLIR
D’abord comprendre que ces inconforts mineurs, fussent-ils pensées envahissantes ou symptômes physiologiques, ne sont pas des démonstrations évidentes de notre incompétence, mais bien des phénomènes naturels adaptatifs au stress de la situation: prenons la jam, on s’apprête quand-même à chanter en public! ça n’est pas rien! Notre être tout entier est en train de se mobiliser, l’adrénaline afflue, rien de plus normal et même nécessaire!
L’embêtant survient quand les phénomènes sont mal adaptifs. Lorsque nos sensations et émotions nous font perdre le contrôle et entravent notre plaisir. On a tous et toutes connu les blancs de mémoire, la voix et les jambes tremblantes, le coeur qui bat trop vite et trop fort etc… et les pensées qui se bousculent, toutes aussi paniquantes ou invalidantes les unes que les autres.
Pô drôle…
Mais bonne nouvelle! pas besoin ni de les croire, ni de les comprendre, ni de les prendre au sérieux, selon le Dr. Philippe Presles dans son dernier livre - Guérir de vos angoisses en 6 séances, qui décrit un BUG Cérébral.
C’est-à-dire un disfonctionnement de notre système d’alerte qui enclenchera toutes sortes de réactions physiologiques de peur, alors qu’il n’ y a pas danger mortel ou existentiel. Hé oui, notre cerveau ne fait pas toujours la différence entre le monde réel et virtuel. Très chouette lorsque l’on regarde un thriller haletant, moins chouette lorsque se joue en nous un film catastrophe avant de monter sur scène….
2) DÉFUSIONNER
Le problème, c’est donc l’interprétation que l’on fait des symptômes de stress, avant de monter sur scène, pendant et après….apprendre à se distancer et prendre de la hauteur avec humour si possible, est indispensable. Comment? Voici quelques trucs de ACT for Musicians (Acceptance & Committment Training).
décrire intérieurement le symptôme: tiens voilà les mains qui tremblent, mon cerveau a envoyé un sacré shoot d’adrénaline!
répéter en chantant un mot déclencheur d’anxiété entre 30 et 45 secondes, il perdra tout son sens! nul, nul,nul…. solo, solo, solo….
chanter, rapper sa pensée avec ou sans voix de dessin animé et /ou dans une autre langue. sur une mélodie connue, voire même la chanson que l’on s’apprête à chanter, la dire super lentement ou une de mes préférées - changer l’ordre des mots de ces pensées invalidantes – Arriverai je n’y jamais. Suis trouille de mort.e je.
se moquer gentiment de son critique intérieur à qui on aura donné un petit nom sympa et avec qui on aura fait copain copine -> merci chère Mère Supérieure de me fournir des pensées si aidantes juste avant de monter sur scène, you really rock ! Oh ! Voici Mademoiselle Perfect qui se pointe, que me raconte.-t-elle encore…
on peut aller plus loin et demander à Tremblotte (notre anxiété) de venir faire la folle quelques heures avant de monter sur scène, en répétition générale. Là il s’agira de l’accueillir en amie et de la laisser tout exprimer avec notre aide! À nous de nous laisser TOUT ressentir, tout accueillir, tout observer avec neutralité et calme, et oui, c’est possible! - car lorsqu’ elle fera le show avec nous sur scène assise à côté du pianiste, Tremblotte nous laissera un peu plus tranquille. Nous pourrons même lui avoir assigné un job, par exemple nous aider avec nos entrées, ou prendre note des couacs, car guess what… nous serons occupé.e.s à chanter!!
la graine de vérité de la méthode de théâtre Meisner - intégrer ce qu’il se passe à l’intérieur de nous à notre interprétation de la chanson - mettre son anxiété dans la voix, dans l’histoire que l’on raconte ou dans le jeu du personnage que l’on incarne. Don’t fight it, ride it!
Vous l’aurez compris, on désamorce avec créativité et humour!
On essaie?
Choisis un nom rigolo qui incarne un ou des symptômes de stress/ anxiété etc….Crée une relation d’amitié avec, apprivoisez-vous!
Invite ton personnage ami stressé/ anxieux/ perfectionniste etc..à jouer en toi et avec toi le scénario du pire, avec les détails les plus gore et extravagants possible. Participe, fais des suggestions. Tu es derrière la caméra, tu es le co-scénariste, tu es aux commandes!
Prends bien note de tous les phénomènes, il te seront familiers quand ils arriveront sur scène et seront beaucoup moins forts. Commente, réagis et bé, tu t’es bien lâchée Tremblotte… Remarque le phénomène de défusion: ton système de défense n’a rien n’à craindre d’un personnage ami avec qui tu co-crées ton expérience.
Teste les différents outils de défusion de langage cités plus haut et choisis le plus drôle ou naturel pour toi à utiliser sur le moment ou avant de monter sur scène. Note l’effet de défusion.
Choisis un job à faire à ta cops Tremblotte une fois que tu seras sur scène. Choisis l’endroit où elle sera. Elle peut même être sur un bout de papier dans ta poche!
Teste ta graine de vérité et chante ta première phrase avec anxiété, le souffle court, un filet de voix, joue le à fond.
Fais un petit bilan post performance, Ce qui a fonctionné, les difficultés rencontrées, ce que tu peux retenir et faire différement la prochaine fois.
Have fun!
Martine
